TOGO/Interview exclusive du sécretaire général de la Confédération Nationale des Travailleurs du Togo, Yves Agni Palanga

 Yves-Agui-Palanga
Dans un premier temps, je voudrais vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez de pouvoir m’adresser aux médias et aux travailleurs dans leur ensemble. Je voudrais aussi faire observer que le Togo est un pays qui évolue vers un état de droit. Cela suppose que nous avons des textes qui régissent le pays et par ricochet nos comportements quotidiens. Le Togo ne doit pas être en marge de ce qui se passe dans notre communauté, dans notre sous- région, en Afrique et dans le monde. J’ai fait ce détour pour dire que le Togo a ratifié les conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et est membre de cette organisation. Aujourd’hui, tout le monde sait que ce qui nous régi au niveau de ce vaste organisme, ce sont les recommandations et les Conventions. Le Togo étant membre doit en principe mettre en pratique ces recommandations et ces conventions. Ce qui nous donne une liberté de pouvoir agir, en tant que travailleurs. C’est ce qu’on appelle la liberté syndicale, ce qui nous donne aussi des droits vis-à-vis de notre partenaire, que ce soit l’Etat ou le patronat. Le Togo a une constitution, une loi (code du travail) et la Convention Collective Interprofessionnelle de laquelle on peut tirer des conventions sectorielles qu’on applique dans le secteur privé et dans le parapublic. Au niveau de la fonction publique, on a le statut général de la fonction publique. Le nouveau statut général de la fonction publique qui a été voté et promulgué souffre de son application faute de décret. C’est dire donc que la grève est réglementée au Togo et suffisamment commentée dans les textes cités plus haut. En ce qui concerne le comportement du monde du travail aujourd’hui par rapport à ces grèves, je vous en voie purement et simplement à ces textes. Je reviens à votre question à savoir pourquoi la coordination des centrales syndicales du Togo a lancé un préavis de grève de dix jours. C’est conformément à la réglementation de la grève en vigueur dans notre pays que nous avons jugé utile de lancer ce préavis de grève, parce que notre partenaire c’est-à-dire le gouvernement, selon nous, ne nous écoutait pas. Ce préavis de grève constitue une pression sur le gouvernement pour qu’il puisse aller à la table de négociation pour nous écouter, prendre en compte nos doléances que vous connaissez si bien. Vous savez que depuis le début du mois de janvier 2013, une loi a été votée et promulguée par Chef de l’Etat qui, normalement devrait rentrer en vigueur en 2013. Aujourd’hui, nous sommes en 2015, aucun décret n’a été pris pour l’application de document. C’est la première raison, est nos divergences sur la grille et nous cherchions à harmoniser nos positions sur certains points de désaccord, parce qu’il avait quelques malentendus sur les éléments de discussion de la nouvelle grille avec l’Etat. Il fallait donc mettre cette pression pour ramener le gouvernement en face de nous, à discuter sur les dispositions à prendre afin que cette grille salariale soit annexée rapidement afin que les dispositions contenues dans le nouveau statut général de la fonction publique soient bénéfique aux travailleurs. Voilà la motivation de notre préavis de grève.
Pour répondre à la question, je dirai qu’il y a une philosophie que développe la coordination des centrales syndicales du Togo. Cette philosophie n’est pas contraire à ce que nous avons appris dans le syndicalisme depuis que nous sommes syndicalistes. En syndicalisme, quand vous allez à une négociation et vous avez en face de vous un partenaire qui accepte venir négocier avec vous, il faut utiliser les techniques de la négociation collective. Cette technique de négociation voudrait que ce que votre partenaire concède, vous le prenez et vous le mentionnez dans un relevé de conclusion et vous le matérialisez comme un acquis. Cependant, vous ne devez pas rompre les négociations, mais au contraire vous devez maintenir les discussions avec votre partenaire, parce que la politique de la chaise vide n’a jamais été payante. Il faut convaincre à tout prix votre partenaire par des argumentations solides et avec des éléments vérifiables et quantifiables. Contrairement à ce qu’on dit, nous n’avions pas suspendu le préavis de grève. Le préavis a fait son cours et il a pris fin le 24 février 2015. Nous avions alors organisé une conférence de presse le 25 février pour situer l’opinion sur les acquis et les points de désaccord. A notre sens, à partir du moment où nous avons eu des points d’accord, il était donc question de les capitaliser. Nous avons convenu qu’en ce qui concerne les points de désaccord, qu’ils feront l’objet de discussion et c’est ce que la coordination des centrales syndicales est en train de faire. C’est d’ailleurs pourquoi on a mis en place le comité de suivi qui travaille actuellement pour éclaircir ces points de désaccord. Cela veut dire que la discussion n’est pas encore rompue au niveau de la CCST. Mais s’il arrivait que les négociations prennent un coup, nous verrons alors les actions qu’il faut entreprendre. Je ne peux pas porter un jugement sur nos camarades de la Synergie car ils ont leur philosophie. La revendication principale de la STT repose fondamentalement sur les 280 points d’indice. Le gouvernement persiste et signe que les 280 points n’existent et nullement pas.
Ce que, je regrette et je l’ai même exprimé lors de nos discussions à la primature est que ceux qui devraient s’investir et nous donner les vraies informations pour savoir si les 280 points existent ou non, n’ont pas été associés aux discussions. Je veux parler des techniciens de la fonction publique. Parce que pour moi, quand un fonctionnaire est recruté, c’est la fonction publique qui est sensée connaître toutes les informations liées à son recrutement. Ensuite, le cursus de ce fonctionnaire est suivi par la DGPE. Cependant, on n’a pas impliqué ces techniciens dans les discussions. On a pris seulement les techniciens du ministère des finances. Ceci dit, toutes les informations n’étaient pas complètes pour qu’on puisse faire un vrai calcul pour dégager les 280 points. Nous avons fait des calculs et des estimations, après le compte rendu du comité de suivi, dans nos discussions, nous avons expliqué que s’il n’y avait pas les 280 points, il y aurait forcément 140 points. Le gouvernement pour sa part insiste et dit que même les 140 points que nous évoquons n’existent pas. Voilà comment nous avons travaillé et c’est ce qui a d’ailleurs amené toutes les parties prenantes aux discussions à signer le relevé de conclusion. Le Comité de suivi n’ayant pas encore achevé ses travaux, je ne vois pas comment une des parties prenantes peut rejeter ce qui a été convenu au niveau de la primature en présence du Premier Ministre. La Coordination des Centrales Syndicales du Togo attend la fin des travaux du comité de suivi avant de se prononcer de nouveau sur la question. Voilà sa position. La STT s’octroie la paternité des 8 points de la plateforme revendicative qu’ils ont déposées sur la table du gouvernement et veut faire cavalier seul.
Est-ce qu’il y a un texte qui stipule qu’en cas de grève, il faut faire des précomptes ? Ce n’est pas du nouveau quand on sait qu’une organisation lance une grève, elle doit gérer cette grève. Gérer suppose canaliser, organiser le service minimum, faire le bilan de la grève et dédommager les grévistes. Je pense que les deux parties doivent jouer à l’apaisement. Pour cela, ils doivent revenir à la table de négociation pour s’entendre. Les règles sont claires car celui qui n’a pas travaillé n’a pas droit au salaire comme le disait un artiste béninois. Ensuite, il est important de revoir la manière dont les grèves sont lancées par la STT. Nous constatons qu’au niveau des deux parties, qu’il y a des menaces. C’est pourquoi nous demandons qu’on mette balle à terre et que le gouvernement ne prenne pas des sanctions contre les grévistes. Nous à la CNTT, nous estimons que seul le dialogue peut résoudre les problèmes au niveau du monde de travail. Quand les travailleurs observent une grève, il revient au syndicat qui a appelé à la grève de supporter celle-ci, c’est-à-dire que c’est ce syndicat qui va compenser ces précomptes. Ce qui est fondamental, c’est qu’à l’issue d’une grève, il faut nécessairement faire la situation, évaluer les dégâts causés par cette grève avant de prétendre relancer encore le mouvement. Tel n’est pas le cas, c’est ce que je déplore. J’estime à mon sens que le gouvernement peut laisser tomber ces pénalités dans le souci de l’apaisement social. Il s’agit d’une menace du gouvernement qui répond à une autre menace de la STT. Nous ne pouvons pas aller de menace en menace. Après la menace de votre préavis de grève, on n’entend plus la coordination des centrales syndicales. Est-ce à dire qu’à votre niveau la page des revendications est définitivement fermée ? Loin de là ! Nous avons confié un travail au comité de suivi qui est en train de l’abattre. A cet instant, lancer encore un mouvement, quelque soit le nom que vous lui donnez serait contraire aux règles du jeu c’est-à-dire les règles syndicales. Nous avons été unanimement d’accord que les points de désaccord soient versés au comité de suivi. Donc la coordination des Centrales syndicales s’en tient aux résultats qui sortiront des travaux du comité de suivi. Faire un mouvement serait illégal de la part de celle-ci. Donc c’est dans cette dynamique que la coordination des centrales syndicales du Togo se trouve actuellement.
Vous savez un syndicat n’a qu’une seule arme : « la grève ». Mais lorsque vous êtes à la table de négociation, il fait suspendre le mouvement en tenant compte des concessions faites par vos partenaires. Etre complaisant, je ne le pense pas. La Coordination des Centrales Syndicales suit et respecte la réglementation des grèves au Togo. Aujourd’hui, la STT et le gouvernement sont à couteau tiré. La CNTT est reconnue pour sa recherche de solution à travers les voies pacifiques, le dialogue et la concertation. En votre qualité de SG, très expérimenté à la tâche, quel est votre apport ou contribution pour ramener les deux parties à la table de négociation en vue de parvenir à une solution idoine pour le bien –être des travailleurs Merci d’abord, en me couvrant d’éloges puisque je ne sais pas si je les mérite. Répondant maintenant à votre question, je voudrais tout d’abord dire qu’il ne faudrait pas que nos camarades de la Synergie prennent les négociations que nous sommes en train de mener sur le terrain comme une compétition entre les organisations syndicales. S’ils le comprennent ainsi, je pense qu’ensemble nous devons savoir que c’est par la voie du dialogue que nous pouvons obtenir certains points de nos revendications. Il est vrai qu’on peut estimer que le dialogue a assez duré. Mais quoiqu’on dise, c’est par le dialogue qu’on finira par trouver les solutions. Nous pouvons faire des grèves à répétition, des sit-in à répétition, si nous voulons obtenir quelque chose, il reviendra nécessairement à la table de négociation, et c’est par le dialogue que nous l’obtiendrons. Ce qu’il y a lieu de faire, c’est que quand on vous concède quelques choses, vous le preniez et vous continuez la négociation. On ne peut pas demander tout et obtenir tout et toute suite. Je veux bien qu’on me dise que telle organisation est allée pour une négociation et a obtenu cent pour cent des négociations. Ne confondons jamais une revendication à une doléance. Une revendication c’est ce dont on a droit mais une doléance c’est quand on pose clairement un problème compte tenu de la situation de précarité dans laquelle on vit; la vie chère par exemple. Voilà comment nous demandons à nos camarades de Synergie de se comporter.

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