Obama au cœur des failles du système carcéral américain

Barack Obama voudrait instaurer un système carcéral moins coûteux et plus juste. Le constat qu’il dresse de l’état des lieux devrait appuyer son appel en direction du Congrès pour le pousser à agir. Avec 2,2 millions de détenus, les Etats-Unis gardent derrière les barreaux plus d’hommes et de femmes que 35 pays européens réunis. Alors que la première puissance mondiale ne représente que 5 % de la population mondiale, elle compte chez elle 25 % de la population carcérale mondiale.

Un Noir sur 35 en prison, un Blanc sur 214

Si le système américain enferme plus que quiconque, loin devant la Chine et la Russie qui ne sont pourtant guère laxistes en la matière, c’est « qu’il n’est pas aussi juste qu’il devrait l’être et nous devons faire quelque chose ». C’est ce qu’a déclaré récemment à Philadelphie, Barack Obama, devant 3 000 délégués de la NAACP, la plus importante association de défense des droits civiques des Noirs américains.

Devant la NAACP, le président américain a longuement développé le poids disproportionné qui pèse sur les Noirs. « Ils ont plus de chance d’être arrêtés, ils ont plus de chance d’être condamnés à des peines de prison supérieures (que les Blancs) pour les mêmes délits », a-t-il détaillé.

Les statistiques lui donnent largement raison : Noirs et Hispaniques représentent 60 % des détenus et seulement 30 % de la population américaine. Un Noir sur 35 est en prison, un Hispanique sur 88 alors que chez les Blancs ce chiffre est d’un sur 214. « Sans oublier qu’un enfant noir sur neuf a son père en prison » a complété Barack Obama, sachant qu’un homme noir sans diplôme a 60 % de risque d’être incarcéré au cours de sa vie.

Si les Etats-Unis condamnent à la prison quatre fois plus que la Chine, ce que déplore le président, les peines y sont aussi plus longues. Cela est la conséquence, explique Human Rights Watch, des lois adoptées dans les années 1980 pour « plus de sévérité contre la criminalité » qui ont rempli les prisons fédérales et celles des États, de délinquants en majorité non violents.

Peines disproportionnées

En visitant la prison d’El Reno, dans l’Oklahoma, Barack Obama devrait redire son attachement à favoriser le travail en détention afin d’améliorer la réinsertion professionnelle à la libération. Sans omettre de rappeler tout le mal qu’il pense des peines souvent « disproportionnées par rapport aux délits » qui frappent notamment des petits trafiquants de drogue qui écopent de longues années derrière les barreaux.

« Dans trop de cas, a expliqué le président, la punition ne correspond simplement pas au délit. Si tu es un petit dealer de drogue ou si tu violes ta liberté conditionnelle, tu dois payer ta dette à la société, tu dois être tenu pour responsable et payer une amende, mais tu ne dois pas 20 ans, tu ne dois pas passer ta vie en prison », a martelé Barack Obama.

Cette politique d’incarcération massive coûte chaque année 80 milliards de dollars, soit le tiers du budget de la justice. Malgré cette somme impressionnante, les prisons qui emploient 800 000 personnes, n’ont souvent rien de confortable : vermine, insalubrité, surpopulation, sanitaires insuffisants sont dénoncés régulièrement.

Beaucoup d’argent, peu de résultats

Et toute cette masse d’argent consacré à enfermer parfois sans discernement, empiète sur des secteurs comme l’éducation ou la prévention, les empêchant  d’exercer pleinement leurs rôles. Parmi les progrès essentiels visés, le président américain espère obtenir une réforme du régime auquel sont soumis les jeunes qui sont sanctionnés par des peines « profondément troublantes et destructrices », jugés en réalité comme des adultes. Près de 71 000 mineurs sont incarcérés aux Etats-Unis.

Barack Obama a déjà pris les devants afin de bien marquer le sens dans lequel il voudrait infléchir la politique carcérale. Le 13 juillet il a commué les peines de prison de 46 Américains condamnés pour trafic de drogue. Rappelant que certains d’entre eux avaient été condamnés à plusieurs décennies d’incarcération pour des faits sans violence, « leur punition n’était pas adaptée à leur délit », a estimé le président.

« S’ils avaient été condamnés conformément à la loi en vigueur actuellement, un grand nombre d’entre eux aurait déjà payé sa dette à la société », a-t-il poursuivi

Barack Obama qui a déjà procédé à de semblables mesures, mais jamais à cette échelle. La réforme du système pénal que réclame le président est appuyée par de nombreux experts et même par des élus conservateurs tant la prison américaine est devenue un contre-exemple.

SOURCE RFI

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