Nouveau code pénal au Togo : le déparasitant qu’il fallait pour désinfecter la corporation des journalistes

Le 02 Novembre 2015 a été adopté à l’Assemblée Nationale togolaise, le nouveau code pénal.

Aussitôt après cette adoption, des voix se sont élevées çà et là soit pour dénoncer un nouveau code trop répressif, soit pour protester contre la pénalisation du délit de presse.

Au-delà de ces plaintes soulevées par des confrères et concitoyens qui ont pris le réflexe de critiquer même des initiatives du pouvoir qui vont dans leur intérêt, il est de bon devoir que de porter un regard objectif sur ce qui se passe pour situer les responsabilités par rapport à cette nouvelle donne.
En Août 2004, avait été votée une loi portant modification du code de la presse et de la communication.

Le vote de cette loi avait été unanimement salué par tous les acteurs des médias parce qu’elle consacrait la dépénalisation des délits de presse.
Pitang Tchalla, ministre de la communication de l’époque et cheville ouvrière du vote de cette loi, est aujourd’hui le mieux placé pour nous dire si l’état actuel de la presse togolaise est le rêve pour lequel il s’était battu contre vents et marées pour obtenir cet acquis.

Pourtant, Ouattara Fambaré Natchaba, le président de l’Assemblée Nationale de l’époque, avait pris la peine de faire cette mise en garde : « La dépénalisation des délits de presse n’est pas une prime à la médiocrité ». NATCHABA PITANG TCHALLA PRESSE TOGO
Onze ans après, le parcours de la presse togolaise amène à tout point de vue, à dire que Fambaré Natchaba avait parlé en bon prophète.

La liberté de presse et la dépénalisation des délits de presse n’ont pas été décrétées. Elles ont été le fruit d’une lutte à laquelle a répondu une volonté politique soucieuse de donner aux professionnels des médias des chances d’être en phase avec les évolutions enregistrées dans le monde entier au 21è siècle dans le domaine de la communication.

Si le vote de cette loi a donné lieu au foisonnement des organes de la presse écrite, des radios et des télévisions privées, il a également ouvert les portes à des aventuriers qui, de par leurs écrits et leurs agissements, sont venus dépouiller la presse togolaise du professionnalisme et de la rigueur qu’on lui connaissait jusque-là.

C’est justement ces aventuriers qui ont fait le lit à la médiocrité dans la corporation des journalistes togolais.
Ainsi, de la même manière que les excités de la conférence nationale souveraine ont empêché leTogo Rechercher Togo de connaître l’alternance en 1991, de même, les aventuriers au sein de la corporation des journalistes togolais tireront à l’extrême sur le bouchon, en faisant l’amalgame entre liberté de presse, libertinage et anarchie.
Le doyen Lucien Messan, directeur de publication du journal COMBAT DU PEUPLE, rendu célèbre pour ses nombreuses interpellations sous le régime Eyadéma, pourrait, du haut de son expérience dans la corporation, faire la part des choses et témoigner sur les dérives actuelles de notre presse.

A côté d’une infime poignée de confrères journalistes aspirant au professionnalisme, sont venus se greffer des journalistes d’affaires désignés dans la corporation sous le nom de bitosards, des mercenaires, des terroristes, des apatrides, des escrocs, des maîtres-chanteurs, des rêveurs éveillés, des égocentristes, des aigris, des déséquilibrés, des malades mentaux, des aventuriers politiques qui ont choisi de se réfugier dans le journalisme pour mieux régler leurs comptes soit au pouvoir en place, soit à certains partis de l’opposition.
A partir de ce moment, les choses sont allées dans tous les sens avec les dégâts collatéraux que cela a pu engendrer au niveau de la population.
Lorsqu’on analyse les publications et les diffusions aujourd’hui, on a comme l’impression que certains acteurs des medias, au nom de la liberté de presse et en représailles à on ne sait quoi, ont tourné leurs canons contre les autorités publiques, fouillant dans leur vie privée et inventant contre elles, des choses qu’ils ne sauront prouver.

En lieu et place d’un travail professionnel, on assiste plutôt à des attaques en règle et sans fondement contre d’honnêtes citoyens, non pas pour corriger ou dénoncer des pratiques répréhensibles, mais juste parce qu’on a été payé par des rivaux ou des concurrents de nos victimes, pour faire le « boulot». Une méthode qui ne diffère en rien de celle dont font régulièrement usage les malfrats.

Si ce n’est pas cela, c’est la culture de l’incivisme et de l’immoralité qu’on fait à travers des « articles » où on incite et encourage le citoyen lambda dans des actes antirépublicains.
La notion de respect est désormais bafouée à travers cette tendance qui consiste à parler des personnes qui incarnent l’autorité publique en des termes orduriers comme s’il s’agissait de vulgaires personnages. Et dire que ceux qui s’adonnent à ces pratiques attendent du jour au lendemain, qu’on leur accorde du respect le jour où ils seront appelés à occuper des postes de responsabilité !
Rabelais n’avait-il pas raison quand il affirmait : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ?
Les journalistes sont dans l’erreur s’ils pensent que l’autorité publique n’évalue pas la gestion qu’ils font de leur liberté de presse et de la dépénalisation des délits de presse dont ils jouissent.

La gestion qui a été faite de ces acquis est semblable à celle d’un objet précieux dans les mains de babouins. Autrement, si ces acquis avaient de la valeur aux yeux de ces confères journalistes, il leur appartenait de s’organiser pour mieux les gérer de manière à en jouir le plus longtemps possible.

En lieu et place, ils ont préféré se complaire dans les dérives, l’enfantillage, la gaminerie et la bassesse d’esprit.

A partir du moment où ils ont démontré qu’ils ne sont pas suffisamment mûrs pour agir en personnes responsables, c’est bien normal que le gouvernement les aide à mettre de l’ordre dans leurs actes.

C’est sans nul doute pour répondre à ce souci que le gouvernement togolais a pris ses responsabilités à travers l’article 497 du nouveau code pénal.
A tout point de vue, ce nouveau code intervient au bon moment, comme un déparasitant. Tout comme dans les autres domaines d’activités, il permettra de débarrasser la corporation des brebis galeuses qui y sont entrées par opportunisme.

Et déjà, ceux qui commencent par s’agiter à l’annonce de son adoption doivent être ceux-là mêmes qui se sentent morveux, donc ceux qui ont fait prospérer leurs affaires sur le terreau des pratiques proscrites. Vivement que le nouveau déparasitant les fasse tomber un à un pour que s’épanouisse la corporation.
Alléluia !

Peter Tchalawou

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