Kenya: des ONG des droits de l’homme accusés de soutenir les shebabs

© Un policier sécurise la ville de Mombasa, le 17 novembre 2014. AFP PHOTO/IVAN LIEMAN

Muslims for Human rights et Haki Africa, deux organisations de défense des droits de l’homme très connues au Kenya ont depuis la semaine dernière vu leurs comptes gelés.

Ces deux organisations basées à Mombasa ont été incluses sur la liste des individus ou groupes soutenant les shebabs après l’attaque de Garissa.

De plus en plus de voix s’élèvent pour demander au gouvernement kenyan d’apporter les preuves de leur soutien à des activités terroristes.

Le gouvernement kenyan profite-t-il du drame de Garissa pour éliminer des organisations qui critiquent les abus liés à sa politique de lutte contre le terrorisme ? C’est ce que pensent en tout cas Amnesty International et Human Rights Watch.

Les deux grandes organisations de défense des droits de l’homme ont décidé lundi13 avril de publier un communiqué commun pour alerter sur cette situation, emboitant le pas aux défenseurs des droits de l’homme locaux qui depuis la publication de cette liste de terroristes ne décolèrent pas.

« Leur travail s’est en gros concentré autour d’enquêtes sur des violations des droits de l’homme commises dans le cadre d’opérations anti-terroristes. Et l’exécutif, comme les forces de sécurité, semblent percevoir ce travail, non pas comme des alertes sur des problèmes qu’ils devraient régler, mais comme un soutien aux terroristes eux-mêmes, analyse Muthoni Wanyeki, la directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs.

C’est clairement une punition pour avoir critiqué ces opérations. Et en soi, c’est très inquiétant. Nous connaissons ces organisations et nous savons qu’elles travaillent bien. »

Loi contre le terrorisme de 2012

Vendredi dernier, les deux organisations visées Muslims for Human Rights et Haki Africa ont déposé un recours auprès de la Haute cour de justice de Mombasa. Une procédure qui a peu de chance d’aboutir.

La coalition kenyane des défenseurs des droits de l’homme a appelé le rapporteur spécial des Nations unies pour les défenseurs des droits de l’homme, le Français Michel Forst, à user de son influence auprès du gouvernement kenyan.

Au sein de la communauté internationale, cette situation provoque un certain malaise. « L’Union européenne soutient le Kenya dans sa lutte contre le terrorisme », a par exemple souligné un porte-parole de l’UE. « Mais les actions contre ces extrémistes doivent se faire en consultation avec la société civile et en particulier la communauté musulmane.

Toute accusation devrait être appuyée par des preuves et respecter les mécanismes judiciaires appropriés », poursuit-il.

« Ces deux organisations, comme toutes les autres sur cette liste, vont devoir prouver leur innocence.

La charge de la preuve est inversée. Donc ce n’est même pas à l’Etat de prouver qu’elles sont coupables d’un lien quelconque ou d’avoir soutenu des groupes armés comme les shebabs, c’est à elles de prouver leur innocence », rappelle Muthoni Wanyeki.

En effet, depuis 2012 et la loi contre le terrorisme, c’est à ces deux organisations de prouver leur innocence et non à l’Etat d’apporter une quelconque preuve pour soutenir ses accusations.

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